FIN AUX CONVENTIONS DÉSÉQUILIBRÉES
En vue de marquer une nouvelle ère de gouvernance économique au Gabon, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a initié une refondation complète des relations entre l’État gabonais et les grandes entreprises nationales. Le message est ferme : le temps des conventions déséquilibrées au détriment de l’intérêt national est révolu, et l’État entend désormais exercer une participation minimale de 10 % du capital dans toutes les grandes entreprises opérant sur le territoire, un principe désormais non négociable.
Ce tournant politique majeur s’est matérialisé à travers une audience présidentielle accordée à une délégation du groupe Ciment d’Afrique (CIMAF), acteur clé de l’industrie cimentière au Gabon.
Une audience aux enjeux économiques stratégiques
L’audience s’est tenue dans un contexte de révision profonde des relations entre pouvoirs publics et opérateurs économiques. Au centre des discussions : la nécessité de rééquilibrer les conventions signées par le passé, souvent jugées trop favorables aux investisseurs au détriment des impératifs de développement national, de souveraineté économique et de création d’emplois pour les Gabonais.
Lors de son allocution, le Chef de l’État a insisté sur ces priorités en des termes clairs :
“Je veux du travail pour les Gabonais et je veux un pays construit sur des bases solides”
a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema
Pour le Président, ce repositionnement du rôle de l’État dans les partenariats économiques s’inscrit dans une vision globale de développement national. Il a appelé les opérateurs économiques à accompagner cette vision, soulignant que l’État n’entend plus être un simple signataire de conventions, mais un partenaire responsable et engagé.
Des conventions à mettre à plat : plus de transparence et de responsabilité partagée
Un point central abordé lors de cette rencontre est la révision des conventions antérieures jugées déséquilibrées. Selon le Président :
“Le Gabon d’hier n’est plus le Gabon d’aujourd’hui. Les conventions conclues avec les entreprises doivent être réexaminées et restructurées afin de garantir un partenariat gagnant‑gagnant entre l’État et les sociétés”
a indiqué Brice Clotaire Oligui Nguema
Le Président a été particulièrement explicite sur l’exigence désormais non négociable d’une participation minimale de 10 % de l’État dans le capital des entreprises opérant sur le sol gabonais :
“Toute entreprise qui s’installe au Gabon doit respecter cette exigence de 10 % qui est non négociable”
a encore déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema
Cette décision reflète une volonté de renforcer le rôle de l’État dans les prises de décisions stratégiques, tout en augmentant ses bénéfices économiques directs : revenus, dividendes, et influence sur les orientations des entreprises partenaires.
CIMAF : un partenaire industriel majeur au Gabon
À l’issue de l’audience, les dirigeants de CIMAF Gabon se sont exprimés publiquement sur le contenu et l’esprit de la rencontre avec le Chef de l’État.
EL Mehdi Janah Idrissi, Directeur Général de CIMAF Gabon, a souligné l’importance de ce dialogue :
“Un échange très riche, une opportunité d'échanger avec la République Chef de l'État et réaffirmer encore une fois l'engagement ferme de CIMAF d'assurer son engagement en termes d'investissement notamment à travers la 3e ligne de voyage pour un investissement de 25 milliards de francs CFA ce qui va permettre de porter une capacité de production à 1 850 000 tonnes et de répondre et de loin à la demande du marché gabonais”
Cette déclaration met en lumière à la fois l’ambition industrielle du groupe et sa volonté de renforcer sa contribution à l’économie gabonaise.
Les précisions de la direction générale adjoint de CIMAF
Alain Ayoune, Directeur Général Adjoint de CIMAF Gabon, a apporté plus de détails sur plusieurs dossiers clés :
“Le président de la République a pris une décision le 8 septembre 2025 portant interdiction de clinker non gabonais à partir du 1er janvier 2027. Vous savez que CIMAF est déjà bien avancé dans le projet de la clinquerie. Nous avons signé une convention en 2022 et aujourd'hui avec les nouvelles autorités, nous sommes en train de revoir pour faire un avenant de manière à repartir et mettre cet investissement sur la table. On parle d'un investissement d'une centaine de millions d'euros avec 1 400 emplois pendant la construction et 500 emplois permanents et donc ça permettra au Gabon d'être autonome sur le plan ciment”
Il a ajouté :
“Alors dans cette audience aussi, on a eu un groupe CIMAF aussi avec sa filiale Harda qui est dans la constitution des logements sociaux qui a signé une convention d'investissement en février avec l'État gabonais mais donc on a aussi remis ça sur la table pour pouvoir faire en sorte que le corps CIMAF se mette dans la construction des logements sociaux”
Ces précisions montrent l’ampleur des projets envisagés par CIMAF, qui vont bien au‑delà de la simple production de ciment.
Un secteur cimentier en pleine expansion
Le secteur cimentier au Gabon, dominé par CIMAF Gabon, connaît une dynamique d’expansion. Actuellement, l’entreprise dispose d’une capacité importante de production :
la capacité industrielle totale de CIMAF Gabon est estimée à 1 850 000 tonnes de ciment par an, après la construction d’une troisième ligne de production prévue dans le cadre de la nouvelle convention d’investissement.
Ce niveau de production dépasse largement la demande annuelle estimée sur le marché gabonais, qui se situerait autour de 800 000 tonnes à 1 000 000 tonnes selon les sources les plus récentes.
Cette capacité accrue est stratégique : elle permet non seulement de répondre à la demande locale, mais aussi de réduire la dépendance aux importations et de stabiliser les prix sur le marché intérieur.
Qui sont les concurrents et la situation du marché ?
Sur le plan concurrentiel, CIMAF est considéré comme l’acteur industriel principal du secteur cimentier gabonais, avec une production nettement supérieure à celle des autres sociétés nationales.
Historiquement, d’autres entreprises comme Cimgabon et Africa Cement ont participé au marché, mais leur production demeure marginale comparée à celle de CIMAF.
Quant aux importations :
jusqu’à récemment, le Gabon importait du clinker (matière première du ciment) pour compléter sa production locale, notamment d’Europe ou d’autres marchés internationaux.
avec la nouvelle politique, une interdiction du clinker importé à partir de 2027 est prévue, ce qui encourage fortement l’industrialisation locale du secteur.
Prix et coûts pour le consommateur
L’industrialisation locale a un impact sur les prix. En général, le ciment produit localement coûte moins cher que le ciment importé lorsque les infrastructures sont optimisées :
les coûts d’importation intègrent les frais de transport maritime, taxes à l’importation, et coûts logistiques, ce qui renchérit le prix final.
la production locale, en revanche, réduit les coûts liés à la logistique internationale, mais nécessite des investissements initiaux importants (usines, lignes de production).
Emploi et retombées sociales
Le secteur cimentier est également créateur d’emplois. Selon les informations disponibles :
CIMAF Gabon emploie déjà des centaines de travailleurs directs, avec des milliers d’emplois indirects au niveau de la distribution, du transport et de la construction.
les nouvelles lignes de production et usines (clinker) devraient générer 1 400 emplois pendant la construction et 500 postes permanents une fois opérationnels, selon la direction de CIMAF.
Les emplois concernent divers domaines : production industrielle, maintenance, logistique, distribution, services administratifs, et activités liées aux logements sociaux via la filiale Harda.
Avantages de la participation de l’État gabonais
La participation de 10 % de l’État gabonais dans CIMAF offre plusieurs avantages clés. Elle permet à l’État de recueillir une part des bénéfices distribuables, renforçant ainsi ses ressources publiques sans augmenter les prélèvements. Cette participation donne aussi à l’État une voix institutionnelle dans les décisions stratégiques, contribuant à aligner les projets industriels sur les priorités nationales. Enfin, elle renforce la souveraineté économique en faisant de l’État un partenaire plutôt qu’un acteur purement régulateur, favorisant une co‑responsabilité dans le développement industriel et social du Gabon. Dans ce contexte de transformation politique et économique, le Gabon semble œuvrer pour un modèle de croissance plus équilibré, où l’État reprend sa place dans les décisions stratégiques, tout en incitant l’investissement privé à mieux intégrer les enjeux nationaux de développement, d’emploi et de souveraineté économique.