NZILA MAVASA, SYMBOLE D’UN RENOUVEAU DU CINÉMA GABONAIS
"Avec Nzila Mavasa, le chemin des jumeaux", la réalisatrice gabonaise Marlène Alene offre au cinéma national une seconde jeunesse. Ce documentaire de 35 minutes, produit par l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS), s’inscrit dans une dynamique nouvelle où l’État entend donner une belle carte à jouer aux jeunes créateurs. En choisissant de soutenir un film ancré dans la tradition, l’IGIS confirme une stratégie culturelle qui valorise le patrimoine immatériel autant que les ambitions artistiques.
L’œuvre, consacrée au groupe socioculturel Mavasa de Thibanga, déploie une attraction rare pour la caméra: un univers féminin, intime et pourtant essentiel à l’identité gabonaise. À travers trois portraits touchants, Alene révèle les rites ancestraux des mères de jumeaux, du fameux lit sacré aux pratiques tenues secrètes par ces gardiennes de la mémoire. Le documentaire agit comme un baume au coeur, notamment lors de la projection où une spectatrice, bouleversée, a évoqué son propre deuil. Cette réaction souligne combien le film dépasse le simple témoignage ethnographique pour toucher un vague spectre d’émotions collectives.
Pour Constant Serge Abessolo, directeur général de l’IGIS, ce projet incarne parfaitement la mission de l’institution: encourager les nouveaux talents et porter une parole gabonaise authentique. Son propos, saluant la sensibilité de la réalisatrice, sert de fil conducteur à un débat sur l’affirmation identitaire par l’image. Selon lui, "Nzila Mavasa" montre que le documentaire n’est pas un genre mineur, mais bien un outil stratégique pour révéler la diversité des cultures locales.
La présence de membres du gouvernement lors de la projection confirme d’ailleurs la reconnaissance institutionnelle croissante autour du film. Dans un pays en quête d’une politique culturelle structurée, cette attention marque une volonté d’offrir au cinéma national les moyens d’exister et de rayonner.
"Nzila Mavasa" apparaît ainsi comme un symbole: celui d’un cinéma gabonais qui se reconstruit, s’assume et se projette dans l’avenir. En rendant hommage aux femmes Mavasa et à leur sagesse ancestrale, le film rappelle que les histoires locales, lorsqu’elles sont racontées avec justesse, deviennent universelles.