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FORMATION PARTAGÉE

FORMATION PARTAGÉE
Cette décision marque le passage d’une présence militaire massive à un modèle de coopération plus mature, centré sur la formation

Le 30 août 2023, un coup de libération conduit par le Brice Clotaire Oligui Nguema renverse le régime Bongo au Gabon. Dès lors, la coopération militaire franco-gabonaise entre dans une nouvelle phase. Malgré la suspension annoncée de certaines coopérations opérationnelles par Paris peu après le coup de la libération, la France et le Gabon renouvellent rapidement leur accord de défense : un partenariat de défense à long terme, existant depuis un traité signé en 2010, est réaffirmé dans une version retravaillée pour deux années supplémentaires, conformément à la volonté d’Oligui.


Cette décision marque le passage d’une présence militaire massive à un modèle de coopération plus mature, centré sur la formation, le partage d’expérience, la coordination stratégique, dans le respect de la souveraineté gabonaise.


De garnison à centre de formation


L’un des symboles les plus forts de cette transition est l’évolution du 6ᵉ bataillon d’infanterie de marine (6ᵉ BIMa), présent à Libreville depuis 1975. En été 2024, le panneau « 6e BIMa » sur le camp de Gaulle est remplacé par « Académie militaire ». Ce changement reflète la dissolution progressive du bataillon : les effectifs français diminuent de 380 en 2023 à environ 200 « éléments français au Gabon » (EFG) en 2024, puis encore plus de réductions sont annoncées pour 2025. En mars 2025, le président Oligui annonce que le camp de Gaulle sera rebaptisé et partagé, avec seulement 150 instructeurs partagés entre Gabonais et Français. Enfin, le 6ᵉ BIMa est officiellement dissous à la fin août 2025.


La transformation dépasse la simple réduction : le camp de Gaulle devient un pôle de formation franco-gabonais. Le 9 juillet 2024, est inaugurée l’École d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL), installée au cœur du camp, fruit d’un accord de coopération militaire modernisé. Au même moment, est annoncée la future Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles, dédiée à la formation des cadres gabonais à la lutte contre le braconnage, l’orpaillage illégal et à la préservation des ressources naturelles. 


Le rôle du DLIA‑G et les nouveaux exercices conjoints


Une pièce structurante de la nouvelle coopération est le Détachement de liaison interarmées au Gabon (DLIA‑G), reconfiguré pour faciliter les échanges d’informations, la coordination d’exercices et le soutien logistique. Le DLIA‑G pilote des stages conjoints, notamment : en mai 2025, des sections gabonaises et françaises mènent un exercice de combat en jungle près de l’Équateur ; en mai-juin, un stage de combat urbain est mené à Libreville pour des sous‑officiers gabonais.


Les exercices s’étendent aussi à la marine gabonaise : en juin 2025, un patrouilleur français de la Marine nationale opère avec la marine gabonaise dans le cadre de l’exercice CORYMBE, axé sur la sécurité maritime et la protection des ressources halieutiques. De plus, en octobre 2025, un autre exercice, EQUATO MEDICHOS, mobilise les deux armées autour de la protection de la biodiversité et des ressources naturelles.


Formations, officiers et expertise partagée


Au-delà des exercices, la coopération s’articule fortement autour de la formation : des officiers gabonais poursuivent des stages en France, notamment dans des écoles prestigieuses comme Saint-Cyr, renforçant ce lien académique. De nombreux hauts gradés gabonais ont effectivement été formés à Saint-Cyr, marquant l’ancrage historique de la coopération au niveau de l’état-major.


Sur le terrain au Gabon, des coopérants militaires français (officiers et sous-officiers) de la mission de coopération de sécurité et de défense (MCSD) sont détachés auprès des autorités gabonaises (Écoles nationales à vocation régionale, institutions de commandement, réforme du personnel). 


L’EAFDL, cofinancée, accueille des formateurs gabonais et quelques experts français envoyés via la MCSD, tandis que l’Académie environnementale prévue complète le dispositif de formation stratégique.


Les accords et la diplomatie militaire


Sur le plan formel, la coopération s’appuie sur plusieurs accords et traités : le traité de défense de 2010, publié en France via un décret en 2014, reste la base juridique du partenariat. En juillet 2024, lors de l’inauguration de l’EAFDL, le général Régis Colcombet (France) évoque un partenariat réorienté, fondé sur l’écoute mutuelle, le respect de la souveraineté et la lutte contre les menaces environnementales. Par ailleurs, la MCSD, placée sous l’autorité de l’attaché de défense à l’ambassade, conseille sur l’organisation des forces gabonaises, réforme les ressources humaines militaires, et participe à la création de structures pérennes. 


Visites et symboles diplomatiques


Sur le plan diplomatique, plusieurs événements illustrent cette coopération renouvelée : en mai 2024, le président Oligui Nguema est reçu à l’Élysée par le président Macron, scellant la normalisation des relations. En mars 2025, un colonel français dirige des formations conjointes depuis le camp partagé, témoignant de la stratégie de « moins de troupes, plus d’instructeurs ».


En octobre 2025, un moment hautement symbolique est atteint : le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre, fleuron de la Marine nationale française, mouille au port d’Owendo (Gabon). Une cérémonie officielle se tient à bord, en présence de hauts dignitaires gabonais et français, soulignant la dimension diplomatique et stratégique du partenariat.


Vers un partenariat gagnant-gagnant 


La réorganisation de la présence militaire française au Gabon s’inscrit dans une vision partagée : la protection de l’environnement, le combat en forêt, la lutte contre les trafics illicites, la formation d’une élite militaire gabonaise, et la sécurisation des ressources naturelles. Les deux pays misent sur un modèle stratégique et durable, moins centré sur une présence permanente mais davantage sur la capacité gabonaise à répondre aux menaces contemporaines.


Le camp de Gaulle, désormais « camp partagé », l’EAFDL et l’académie environnementale sont les pierres angulaires de cette évolution, incarnant un soft power repensé.


Le 6ᵉ BIMa a disparu physiquement


Entre août 2023 et novembre 2025, la coopération militaire entre la France et le Gabon a évolué profondément : elle est passée d’une présence opérationnelle significative à un partenariat mature fondé sur la formation, la formation stratégique, la formation environnementale et la mutualisation des savoir-faire. Le 6ᵉ BIMa a disparu physiquement, mais son héritage donne naissance à une académie mixte, un symbole fort de la confiance renouvelée entre les deux États. Par le DLIA‑G, les écoles partagées et les exercices conjoints, Paris et Libreville dessinent ensemble un avenir de défense plus équilibré, respectueux de la souveraineté gabonaise et adapté aux défis du XXIᵉ siècle.





Par Pamphile EBO

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