« POURQUOI QU'ILS NE SOIENT PAS EN RCA ? »
Le Président Faustin-Archange Touadéra brigue un troisième mandat le 28 décembre. Il assume sans détours ses alliances avec la Russie et les Émirats arabes unis. Les relations entre la République centrafricaine (RCA) et la Russie sont caractérisées par une coopération de plus en plus étroite, notamment dans les domaines de la sécurité et de l'économie. La Russie fournit une aide militaire et des conseillers, dont des membres du groupe Wagner, en échange de ressources naturelles comme l'or et les diamants, bien que le paiement direct en espèces soit également évoqué.
Sécurité et défense : le pilier russe
Depuis plusieurs années, la coopération militaire entre la République centrafricaine (RCA) et la Russie s’est profondément renforcée. En mars 2025, le vice-ministre russe de la Défense, Yunus‑Bek Yevkurov, s’est rendu à Bangui pour sceller des accords d’expansion dans les domaines militaire et économique. Les autorités russes ont réaffirmé leur engagement à aider Bangui à renforcer sa sécurité, notamment contre les groupes armés. Par ailleurs, dès 2024, des accords formels de coopération militaire et de coopération militaro-technique avaient vu le jour. Touadéra évoque aussi l’idée, longtemps discutée, d’une base militaire russe en Centrafrique — notamment dans l’est du pays, dans l’optique de protéger les frontières.
Economie et diplomatie : la montée fulgurante
Sur le plan économique, la relation entre Moscou et Bangui se consolide à un rythme notable. Lors de sa visite à Moscou en janvier 2025, Touadéra et Poutine ont souligné une montée spectaculaire des échanges commerciaux : le tournant d’échange a été presque multiplié par huit en un an, selon le président russe. Au cours de cette visite de trois jours à Moscou, la délégation centrafricaine a signé des accords dans des secteurs stratégiques, notamment l’agriculture, l’énergie, l’éducation et l’économie. Moscou s’est aussi engagé à soutenir le développement industriel de la RCA — agriculture durable, construction, mines, transport, selon leurs discussions. D’un point de vue diplomatique, la Centrafrique s’est montrée fidèle à la Russie en s’abstenant ou votant contre des résolutions anti-russes aux Nations unies.
Visites bilatérales : entre symbolisme et pragmatisme
Le 15 janvier 2025, Touadéra arrive à Moscou pour sa visite officielle de plusieurs jours, accueilli par le vice- ministre des Affaires étrangères russe Mikhaïl Bogdanov et l’ambassadeur centrafricain. Le 16 janvier, il s’entretient avec Vladimir Poutine, évoquant des documents de coopération « solide et juridique » dans la sécurité, l’économie et l’humanitaire. Pour sa part, la RCA est aussi attentive à accueillir des dirigeants russes : Touadéra a, à maintes reprises, invité Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à se rendre à Bangui, une perspective jamais écartée.
Vers un cap assumé
À quelques semaines de l’élection du 28 décembre — que l’opposition voit comme un dernier tour de piste — le président Touadéra se présente serein. Il ne masque pas que ses alliances lui ont apporté un retour à la stabilité ; à la Russie, un point d’appui stratégique en Afrique. Le « dispositif » diplomatique, comme il l’évoque lui-même, est bouclé : la ligne de mire est claire, la lune de miel, peut‑être, durable. Touadéra joue gros. Mais, au cœur de cette idylle avec Moscou (et les Émirats), il n’a pas lésiné sur les moyens — militaires, économiques, diplomatiques — pour garantir ce qu’il appelle une paix retrouvée.