SUSPEND LCI ET TF1
La Haute Autorité de la Communication du Mali (HAC) a annoncé la suspension immédiate des chaînes françaises LCI et TF1, les accusant de diffuser « des affirmations non vérifiées et des contrevérités » relatives aux groupes jihadistes actifs dans le pays. Selon une décision datée du 13 novembre et consultée le 14 novembre 2025, cette mesure s’applique « jusqu’à nouvel ordre ».
« Les services des télévisions LCI et TF1 sont retirés des bouquets de tous les distributeurs de service de radiodiffusion sonore ou télévisuelle au Mali, jusqu’à nouvel ordre, à compter de la date de signature de la présente décision »
indique formellement le régulateur. Les deux chaînes ne sont plus accessibles dans le pays depuis le soir du 13 novembre.
Des propos jugés fallacieux
La HAC reproche aux médias français des propos jugés fallacieux concernant la situation sécuritaire et la progression des groupes jihadistes. Au cœur de la controverse, une
« séquence de 12,24 mn extraite de l’émission Grand Dossier le dimanche 9 novembre 2025 à 13 heures, structurée en deux volets : “Mali, les jihadistes aux portes de Bamako” et “Mali, le nouveau fief d’Al-Qaïda” »
diffusée par LCI. Selon la décision, cette séquence a été « reprise par TF1 sur sa page web » le même jour.
« En violation flagrante du code de déontologie du journaliste au Mali»
Pour la HAC, la séquence incriminée comporte « des affirmations non vérifiées et des contrevérités » portant notamment sur l’idée selon laquelle « la junte a interdit la vente du carburant » ou encore que « désormais, les terroristes sont donc proches de faire tomber la capitale, Bamako ». Des allégations que l’autorité estime « en violation flagrante du code de déontologie du journaliste au Mali, qui lui impose de se tenir au respect de la vérité »
Le régulateur dénonce également
« un registre alarmiste qui prédit un ‘effondrement imminent de l’État malien’, toutes choses qui provoquent la panique ou la défiance envers les institutions et [nuisent] à la cohésion sociale »
La HAC insiste sur la gravité de ces propos dans un contexte national marqué par des tensions sécuritaires et politiques.
Cette décision s’inscrit dans un climat où la liberté de la presse au Mali connaît un net durcissement. Depuis les coups d’État survenus entre 2020 et 2022, le pays désormais dirigé par un régime militaire multiplie les mesures répressives contre les médias. L’accès et la diffusion de nombreuses chaînes étrangères ont été suspendus, tandis que des journalistes ainsi que des voix critiques ont été réduits au silence, contraints au départ ou privés d’autorisation de travail.
Ce qui constitue selon la HAC une « circonstance aggravante »
LCI n’en est pas à sa première sanction : elle avait déjà été suspendue fin août 2024 « pour des violations similaires », ce qui constitue selon la HAC une « circonstance aggravante ». La chaîne publique France 2 avait également été suspendue temporairement en 2024, avant que la mesure ne soit levée.
De son côté, TV5 Monde a été suspendue mi-mai 2025 « jusqu’à nouvel ordre », après des accusations de « manque d’impartialité » concernant la couverture d’une manifestation d’opposition. La chaîne avait auparavant été sanctionnée pour trois mois en 2024.
Enfin, d’autres médias français très suivis au Mali, comme France 24 et Radio France Internationale (RFI), restent suspendus de manière permanente