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QUI A CHOISI LES MAGISTRATS PRÉSIDENTS ?

QUI A CHOISI LES MAGISTRATS PRÉSIDENTS ?
« Qui a choisi les magistrats présidents des commissions ? Le ministre de l’Intérieur et celui de la Justice »

Alors que le Gabon tente de tirer les leçons des élections législatives et locales du 27 septembre 2025, les critiques sur la gestion du scrutin ne faiblissent pas. Parmi les voix les plus virulentes, celle de Pierre Mintsa, acteur politique et observateur engagé, qui s’étonne qu’un seul président de commission électorale, souvent un magistrat, puisse recevoir jusqu’à 300 procurations. Pierre Mintsa se distingue par la clarté de ses accusations et la profondeur de son analyse.


Lors d’une intervention très remarquée  sur les plateaux de TV+Afrique ce 5 octobre 2025, Pierre Mintsa a soulevé de nombreuses interrogations sur le rôle des magistrats dans l’organisation du scrutin.


« Qui a choisi les magistrats qui sont présidents des commissions ? C’est le ministre de l’Intérieur. C’est le ministre de la Justice »


a-t-il affirmé avec fermeté, pointant du doigt les autorités responsables de la désignation de ces juges censés incarner la neutralité.


Pour lui, le problème est systémique. Il déplore le manque de responsabilité et d’impartialité de certains magistrats :


« Vous avez vu les magistrats être jugés dans quel tribunal ? Au Gabon. Non, ils ne sont pas jugés. Ils peuvent faire des grèves pendant trois ans, quatre ans. On va les juger chez qui ? Chez un autre magistrat ? Les magistrats se sentent intouchables » 


Et d’ajouter :


« Ils sont liés par ce qu’on peut appeler l'affection sociétatiste entre eux. Ils ne peuvent pas se juger entre eux. Comment comprendre que ceux qui sont censés lire le droit sont les premiers à bafouer la loi ? Que faut-il attendre des magistrats qui avaient des liens familiaux avec certains candidats aux élections »


L’un des points les plus préoccupants selon Mintsa concerne la gestion des procurations. Il s’étonne qu’un seul président de commission électorale, souvent un magistrat, puisse recevoir jusqu’à 300 procurations :


« Pourquoi donner 300 procurations à un individu ? Pourquoi accabler les procurations aux autres individus ? Sans rappeler qu’il y a eu des procurations qui ont été distribuées avant, alors que ça doit se faire le jour du scrutin »


Une dérive, selon lui, qui entache sérieusement la crédibilité du processus.


 


Le Président Oligui avait voulu que les policiers rentrent dans les bureaux de vote


Pierre Mintsa revient également sur une décision controversée du président de la République, qui avait souhaité autoriser la présence des forces de l’ordre dans les bureaux de vote afin de renforcer la surveillance : 


« Le président avait voulu que les policiers rentrent dans les bureaux de vote pour bien surveiller le processus électoral. Vous savez ce que les commissaires électoraux ont dit ? Ils ont dit que c’est contre la loi. Les policiers doivent rester dehors »


Une décision que Mintsa estime lourde de conséquences.


Pour l’analyste, il est temps de revoir entièrement le rôle dévolu aux magistrats dans les élections :


« Est-ce qu’il n’est pas question aujourd’hui qu’on enlève l’organisation des élections aux magistrats pour qu’on remette ça à la compétence des civils que nous sommes, et voir ce que nous sommes capables de faire ? »


conclut-il. 


Pierre Mintsa a appelé à une réforme en profondeur du système électoral gabonais.


“Pierre Mintsa soulève des préoccupations sérieuses, mais son discours généralise et fragilise l’image de toute la magistrature. Les dérives individuelles, si avérées, doivent être traitées dans le respect du droit, sans jeter l’opprobre sur toute une institution. Les magistrats, comme tout citoyen, sont responsables de leurs actes. Si des irrégularités ont entaché le processus électoral, des enquêtes doivent être ouvertes. La réforme du rôle des magistrats dans les élections peut être discutée, mais sans populisme ni procès d’intention”


commente une source judiciaire. 


Tout compte fait, Pierre Mintsa s’inscrit dans une dynamique de dénonciation constructive. Il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt, mais de repenser un modèle qu’il estime usé, biaisé et déconnecté des aspirations citoyennes.


 

Par Pamphile EBO

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